Un dirigeant que j'ai accompagné avait 2,4M de CA. Des clients solides. Une équipe qui tournait. Il pensait que sa trésorerie tendue était conjoncturelle.
Ce n'était pas conjoncturel. C'était structurel.
Son banquier le savait depuis 18 mois. Il avait regardé les ratios, vu la dégradation, et commençait à réviser sa position. Le dirigeant, lui, regardait son carnet de commandes. Deux lectures de la même entreprise. Une seule qui compte quand tu as besoin d'un renouvellement de ligne.
C'est le problème avec les défaillances d'entreprise : elles n'arrivent pas d'un coup. Elles s'annoncent. Les voyants passent à l'orange un par un. Quand le rouge s'allume, il reste 6 à 12 mois pour redresser.
71 100 défaillances sur 12 mois glissants à fin mars 2026
Nouveau record. Les PME de 20 à 99 salariés : +12,1% ce trimestre selon Altares. Les services aux entreprises : +11,7% en un an.
La Banque de France surveille 30 ratios pour attribuer une cotation à chaque PME. Ta cotation va de 3++ à P. Ton banquier la consulte avant de renouveler tes lignes de crédit. Quand elle se dégrade, il le sait. Avant toi.
Sur ces 30 ratios, 5 suffisent pour voir venir les ennuis 12 à 18 mois à l'avance.
1. Le taux d'EBE rapporté au CA
C'est le ratio qui dit si ton activité dégage assez de cash pour payer tes charges financières, tes impôts et tes investissements. Pas le bénéfice net, qui arrive après les jeux comptables. L'EBE : ce que l'activité produit avant qu'on commence à distribuer.
< 5%
Zone de survie
Le moindre imprévu te met à genoux
5-10%
Tu tiens
Pas de réserve pour investir
> 10%
Tu respires
> 15% = PME performante
Le calcul : (CA - achats - charges externes - charges de personnel - impôts et taxes) / CA × 100.
Le signal d'alerte : une baisse deux années de suite. Même si ton CA augmente. La croissance du CA peut masquer l'érosion de la rentabilité pendant 2 ou 3 ans. Jusqu'à ce qu'elle ne le puisse plus.
Pour calculer le tien en 5 minutes : guide complet du taux d'EBE →
2. La liquidité générale
Ce ratio dit si tu peux payer ce que tu dois dans les 12 prochains mois. Actif circulant divisé par dettes à court terme.
< 1,0
Danger
Tu dépends de ta banque pour boucler le mois
1,0 - 1,2
Critique (seuil BdF)
Pas de marge entre ressources et obligations
> 1,5
Confortable
Tu encaisses un imprévu sans appeler
Le calcul : (Stocks + créances clients + disponibilités) / (dettes fournisseurs + dettes fiscales et sociales + emprunts à moins d'un an).
Ce ratio évolue vite. Un gros contrat qui mobilise du BFR peut le faire plonger en quelques semaines. D'où l'intérêt de le suivre chaque mois, pas une fois par an au moment du bilan.
3. Le poids de l'endettement net
Endettement financier net divisé par les fonds propres. Ce ratio dit qui est le vrai propriétaire de ton entreprise.
> 1,0
Tes dettes dépassent tes fonds propres
Tu travailles pour rembourser, pas pour développer
> 2,0
Autonomie financière très faible
Fin des PGE = tension maximale en 2026
Le calcul : (Emprunts + dettes financières - trésorerie active) / capitaux propres.
Le cas classique : le dirigeant qui finance sa croissance uniquement par la dette. Le CA monte, le chiffre sur le papier est beau, le ratio d'endettement s'envole. Le jour où le banquier dit stop, il n'y a plus de carburant.
4. Le délai moyen de paiement client
Le nombre de jours réels entre ta facture et l'encaissement. En France, le retard moyen de paiement atteignait 14,1 jours au premier semestre 2025. Moins d'une entreprise sur deux paie à l'échéance convenue.
> 60 jours
Dépassement du délai légal
Tu finances l'activité de tes clients
> 90 jours
Portefeuille dégradé
Tu ne relances pas, ou tes clients ne peuvent pas payer
Le calcul : (Créances clients TTC / CA TTC) × nombre de jours de la période.
C'est le ratio le plus facile à améliorer. Relances systématiques, application des pénalités de retard (2,62% entre professionnels au S1 2026, plus 40 euros d'indemnité forfaitaire par facture). La plupart des PME ne les appliquent pas. Leurs clients le savent.
Pour aller plus loin : améliorer la trésorerie de ta PME en 90 jours →
5. Le taux de créances douteuses
Le montant des créances compromises divisé par le total des créances clients. Ce ratio dit si tes clients vont vraiment te payer.
> 3%
Portefeuille qui se dégrade
Des factures qui ne rentreront probablement jamais
> 5%
Problème structurel
Tu vends à des clients qui ne peuvent pas payer
Le calcul : Créances douteuses / Total créances clients × 100.
À suivre sur 12 mois glissants. Une hausse progressive, même de 1 point par trimestre, indique une dégradation de fond. Pas un incident ponctuel.
Ce que ton banquier voit et que tu ne vois pas
La Banque de France publie des fascicules sectoriels avec 30 ratios par code NAF, présentés en quartiles. Tu peux te comparer gratuitement à ton secteur via l'outil DiagFi sur l'espace dirigeant de la Banque de France.
Quand ta cotation se dégrade, même de quelques crans, les conséquences sont directes. Les entreprises cotées 5 ou 6 voient leurs conditions de financement se durcir. Celles en catégorie P perdent l'accès au crédit bancaire classique.
Et le dirigeant est souvent le dernier informé. Le banquier voit la dégradation, revoit sa position, coupe les lignes. Le dirigeant reçoit un courrier. À ce stade, la marge pour redresser est très courte.
Ce que tu peux faire cette semaine
Ces 5 ratios prennent 30 minutes à calculer. Tu as besoin de ton dernier bilan et de ta balance comptable. Pas d'un DAF. Pas d'un logiciel. Une calculette et un peu de lucidité.
La plupart des dirigeants que j'accompagne connaissent les problèmes depuis des mois. Ils les voient dans leurs chiffres. Ils espèrent que ça va se corriger.
Ça ne se corrige pas tout seul.
Sources : Altares, Étude défaillances et sauvegardes T1 2026, avril 2026. Banque de France, FIBEN, fascicules sectoriels. Observatoire des délais de paiement.
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